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entrée sur le juge Burgaud, la commission d'enquête parlementaire sur l'affaire d'Outreau a semblé jusqu'à présent épargner le procureur de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), Gérald Lesigne. Celui-ci, qui sera auditionné jeudi 9 février, au lendemain de M. Burgaud, a pourtant tenu un rôle-clé dans l'instruction.
Procureur de la République dans le Pas-de-Calais depuis 1996, ce magistrat de 58 ans a confié au
Monde, mardi, venir
"dans un rapport de sincérité devant les députés". Selon lui,
"on ne peut rester face à un tel événement sans poser des questions sur les causes et les méthodes du système, tel que les hommes et le législateur le font fonctionner. Un ensemble de comportements et d'analyses professionnels ont convergé, il faut savoir pourquoi".
Le procureur, porteur de l'accusation, est inscrit dans la hiérarchie du ministère public : il doit rendre des comptes à son supérieur, le procureur général près la cour d'appel, qui réfère à son tour à la chancellerie (Le Monde du 8 février). Le parquet n'a pas échappé à la critique lors des auditions des semaines passées. "Le parquet a été à l'initiative, depuis 2001", a rappelé le 24 janvier Me Hervé Corbanesi, défenseur du chauffeur de taxi acquitté Pierre Martel.
Le député Léonce Deprez (UMP) s'est interrogé sur la similitude des regards portés par le siège et le parquet sur l'affaire. "Personne n'a tiré la sonnette d'alarme", a expliqué Me Eric Dupont-Moretti, car "M. Burgaud et M. Lesigne, c'est le même attelage. C'est parce que la confusion des fonctions est permanente dans notre système que M. Lesigne ne contrôle pas le travail de M. Burgaud." M. Lesigne fut, lui aussi, un jeune juge d'instruction. Il a commencé sa carrière à ce poste, à Cherbourg (Manche).
Le procureur sera aussi questionné sur la décision prise de disjoindre du dossier principal d'Outreau l'enquête ouverte sur le meurtre d'une fillette belge. La disjonction a été motivée par la nécessité de ne pas retarder le jugement des mis en examen placés en détention provisoire. Mais selon plusieurs avocats, elle a écarté un élément à décharge pour les mis en cause. Me William Julié, avocat de Karine Duchochois, a même évoqué "une dissimulation organisée entre le siège et le parquet pour faire tenir le dossier". M. Lesigne devra s'expliquer sur un dernier point : il a été procureur durant l'instruction, puis avocat général lors du premier procès d'assises à Saint-Omer (Pas-de-Calais). Un double rôle qui, pour certains, est problématique.