VILLEPIN PROMET TOUTE LA LUMIERE SUR LE MEURTRE D'ILAN

Meurtre d'Ilan: Villepin promet la "vérité" devant la communauté juive
PARIS (AFP) - Dominique de Villepin a promis lundi soir "la vérité" sur la mort du jeune Ilan Halimi, devant une communauté juive très inquiète face au caractère peut-être antisémite d'un crime qui commence à revêtir une dimension nationale.
Interpellé lors du dîner annuel du Crif à Paris par le président du Conseil représentatif des institutions juives de France, Roger Cukierman, qui lui a lancé "Ilan est-il mort parce que juif ?", le Premier ministre a assuré que "que toute la lumière" serait faite sur les "motivations" de ce meurtre "odieux".
Il a également confirmé que la juge d'instruction chargée de l'affaire avait retenu "les circonstances aggravantes de crime commis en raison de l'appartenance à une religion" contre les sept auteurs présumés -six hommes et une femme- de l'enlèvement, mis en examen le soir même.
Toutefois, ces circonstances aggravantes peuvent ne pas être retenues à l'issue de l'instruction, en fonction des déclarations des suspects.
"Nous devons la vérité à la famille d'Ilan. Nous vous devons la vérité. Nous devons la vérité à tous les Français (...) Nous ferons tout pour que les auteurs de ce crime barbare soient arrêtés et traduits devant la justice", a martelé le chef du gouvernement en adressant un "message à la famille" Halimi.
L'ombre de cette affaire a d'ailleurs plané tout au long du dîner du Crif, traditionnellement centré sur la politique étrangère.
A peine arrivé au Pavillon d'Armenonville, le garde des Sceaux Pascal Clément s'est lui aussi exprimé sur ce meurtre, évoquant des "circonstances aggravantes d'antisémitisme".
L'un des individus "a fait savoir qu'il s'était attaqué à Ilan Halimi +parce qu'il était juif et qu'un juif, c'est riche+", a raconté le ministre à quelques journalistes avant d'ajouter, à propos du cerveau présumé de la bande: "On parle de la possibilité qu'il soit à l'étranger".
Selon une source gouvernementale, l'un des suspects aurait écrasé une cigarette sur le front de M. Halimi en lui disant: "Je le fais parce que tu es juif".
Le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, lui aussi présent au dîner, a dénoncé un "crime crapuleux, odieux, barbare" et annoncé qu'il recevrait prochainement la famille de la victime et les autorités du Crif.
"Il faut voir de très près les circonstances", a-t-il dit. "Nous mettons tout en oeuvre pour retrouver ceux qui sont en fuite. C'est un acte d'une barbarie inqualifiable. Il va falloir comprendre comment tout ceci est possible. Ils ont utilisé des moyens internet sophistiqués".
M. Halimi, 23 ans, vendeur dans un magasin de téléphonie à Paris enlevé le 21 janvier, est mort juste après avoir été découvert agonisant le 13 février en banlieue parisienne, nu, bâillonné, menotté et portant des traces de tortures et de brûlures. Sa mère a déclaré lundi au quotidien israélien Haaretz: "si Ilan n'avait pas été juif, il n'aurait pas été assassiné".
Malgré cette actualité, M. Cukierman et M. de Villepin ont tenu également à souligner le recul de près de moitié des actes antisémites en 2005. "C'est une bonne nouvelle qui nous fait du bien après les années que nous venons de vivre", a dit M. Cukierman, tout en rappelant que ces actes "se situent encore à un niveau sept fois supérieur à celui d'il y a six ans".
"Un immense effort éducatif reste à mettre en oeuvre. La célébration du centième anniversaire de la réhabilitation du capitaine Dreyfus, que le Crif compte organiser, y contribuera sans doute", a-t-il poursuivi.
"La lutte contre l'antisémitisme est pour moi une priorité absolue", a assuré M. de Villepin, "parce que l'antisémitisme est la négation de l'esprit républicain".